Epilogue

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Ligne de fuite, le livre!!

Durant le séjour au Pérou, j’étais peu connecté. J’ai donc peu écrit sur cette « ligne de fuite ». Et de toute façon, j’en avais assez peu envie.

Je tenais par contre un carnet de route, abondamment fourni. Mais ce carnet, je l’ai perdu pendant l’escale de mon voyage de retour… Et sans doute est-ce très bien ainsi. Il en va sûrement de cette façon de vouloir conserver des traces comme de cette image qu’on trouve dans le bouddhisme à propos de la méditation (mais qui se retrouve également dans d’autres traditions): une fois le fleuve traversé, le radeau qui nous a porté doit être tranquillement abandonné. Il n’est plus utile, et devient même encombrant. On est bien sûr très attaché à ce radeau: on a mis beaucoup de soin à le confectionner, il fallait qu’il soit fiable, pour assurer la traversée, et on lui doit d’être arrivé sain et sauf de l’autre côté. On y tient, on veut continuer à s’y tenir – alors même qu’il nous a lui-même mené là où il n’y a plus besoin de lui. Là où on est capable de se tenir sans continuer d’être porté.

Une ligne de fuite ne se définit pas tant par les traces qu’elle laisse que par les espaces qu’elle ouvre… Les traces indiquent un chemin parcouru, pas une route à suivre. Elles permettent tout au plus de savoir où se trouve maintenant celui qui a marché sur ce chemin.

Et si elles sont quelque chose comme un radeau désormais abandonné, peut-être que d’autres voyageurs pourront y dérober quelques éléments utiles pour la confection de leur propre radeau…

Pour aller sur l’océan de « l’expérimentation-vie ».

Quant à moi, l’expérience ouverte ici se poursuit ailleurs – mais c’est la même: « libérer la vie ».

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La Forclaz VD, mai 2016

 

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Tous dehors!

  
Sans doute me laissera-t-on encore juste rentrer, dans quelques jours?

Mais ensuite, au train où vont les choses, je crains que le dispositif projeté par « Guyli » (ça chatouille, mais ça fait pas rire…) Parmelaurer servira bientôt à ne plus nous laisser sortir!! Pour notre bien, d’ailleurs: c’est tellement dangereux, là-dehors, avec tous ces migrants terroristes et ces moustiques à Zika…

Il est urgent de libérer un efflux massif de grand dehors et de nous débarrasser du fantasme nauséabond de l’intériorité étriquée (ou de la sécurité matraquée…)! Devenir migrants, toutes et tous, renverser les barbelés en nous, et déchirer les accords de Dublin conclus avec « nous-mêmes ». Afflux massif de joie à nos frontières. Lignes de fuite. Déterritorialisation.

Viva la… vida!

  

Un cimetière, dans un champ, au-dessus de Huaraz, juste en contrebas des restes de ce qui avait sans doute été un tombeau de l’époque Wari, il y a bien plus de mille ans.

Il y avait une fête: une petite fanfare qui enchaînait, sans s’arrêter, des airs joyeusement rythmés, des gens assis dans l’herbe, qui mangeaient et conversaient, en se servant dans d’énormes marmites qu’ils avaient amenées, des enfants qui jouaient et couraient entre les tombes. On m’a dit que c’était pour fêter l’anniversaire du décès de quelqu’un, que c’est la coutume ici. Ça m’a paru être une image colorée et tellement humaine de la vie qui continue, toujours, à travers toutes nos fragilités, et qui ne demande qu’à se laisser célébrer…

Ca-Inca-ha: autobus impérial 

De Trujillo à Huaraz, dans les Andes, du bord de la mer à l’altiplano, par un col à environ 4000 m., en huit heures, tout à l’avant du bus, au deuxième étage, derrière la vitre… Fragments en images
 

   

  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  

Requiem

Aujourd’hui, j’ai reçu ceci:

  

En attendant, peut-être, un jour, cela?

   

Et que son âme repose en paix…

L’école est l’agence de publicité qui nous fait croire que nous avons besoin de la société telle qu’elle est. (Ivan Illich)

  

Playa

  
Après (et avant) quelques jours dans les montagnes, une plage de…? « Repos » n’est sans doute pas tout à fait adéquat (et un brin provocant!), et pourtant…

Laisser peu à peu décanter le « travail » (même si le mot est affreux) de ces trois mois, avant de rentrer. Et c’est peut-être seulement au retour que le « travail » commence vraiment? Déballer ce qui a été accumulé dans ces expériences, et en même temps comme l’emballer, l’intégrer, pour en nourrir une vie renouvelée.

Travail silencieux, du moins pour l’instant. Juste le bruit des vagues, l’océan ouvert vers l’ouest, vaste, encore plus que celui de septembre. Plus loin, très loin, des îles, et des rêves de navigation (comme au sud, d’ailleurs: Chiloé, Patagonie, Terre de Feu: d’ici, je pourrais y aller juste en longeant la côte…). Et au-delà, l’Orient.

Mais je me réjouis aussi de rentrer. De naviguer nos archipels, même fatigués, avec un vent frais et des voiles neuves. Et voir les jours se lever, eux aussi toujours neufs.

En repensant à l’histoire d’Eizik.

Bye bAyahuasca…

 

Broderie shipibo: fleurs et cœur d’ayahuasca

 
De retour de deux semaines dans un « centre » dans une communauté Shipibo, là où j’avais d’abord prévu de commencer ce séjour amazonien, et le travail avec les plantes et les maestros. Difficile à raconter – et d’ailleurs je n’en ai pas très envie, ici, pour l’instant en tout cas.
Dernier soir en Amazonie. Sentiments mêlés. Une pointe de soulagement: le séjour ici était riche en expériences profondes et transformatrices, mais aussi assez éprouvant. Et plus qu’une pointe de mélancolie: le séjour était éprouvant – mais riche en expériences profondes et transformatrices, ou guérissantes. En venant, en décembre, dans l’avion, j’avais le sentiment que la selva serait comme un cocon qui abrite le processus de métamorphose de la chrysalide. Mais c’est un processus qui n’est jamais fini: la liberté de vivre n’est pas un but qui pourrait être atteint. Il s’agit bien plutôt de se défaire de cette idée, qui fonde tous les projets, auxquels nous sommes tellement attachés – et qui nous asservissent et nous épuisent. Alors je ne sais pas vraiment ce qu’il en est. Et ça n’a pas d’importance. Des « choses » ont changé, et ce mouvement va continuer. Je le mesurerai probablement mieux ces prochains jours, puis en rentrant en Suisse, dans trois semaines. Je me réjouis maintenant de suivre le déploiement de « tout ça » dans ma vie. Sans pression, sans projet, sans attente, avec curiosité et bienveillance, joie et amour, confiance et gratitude. Déterritorialisation, reterritorialisation…

Mais je ne vais pas tellement m’étendre. Une des choses qui me menaient ici, c’était le besoin de m’affranchir de la « tyrannie » de mon esprit, de cette activité où je me regarde inlassablement vivre, fuyant cette vie dans un inépuisable et épuisant commentaire permanent. Comment taire? Mais juste en arrêtant! Rien de très difficile, en fait.
Il y a deux mois et demi, le premier jour, j’étais au bord du fleuve au lever du soleil. J’y suis retourné aujourd’hui en fin d’après midi. Rien n’a vraiment changé. Juste le niveau de l’eau, qui a beaucoup monté, avec la saison des pluies.

Alors oui, de la mélancolie, plutôt. Mais aussi les derniers mots de cette « chanson de médecine » apprise pour la cérémonie mexicaine de septembre, tout au début du voyage de cette année: « y la vida perdura… y la vida perdura ».

Ligne de fuite…

Tout est bien.

Pucallpa, rio Ucayalli y puerto